L’avantage d’avoir un âge certain, c’est d’avoir des souvenirs qui remontent au début du pontificat de saint Jean Paul II, qui a enseigné tous les mercredis à la foule qui lui rendait visite, sa façon toute philosophique de décrypter les deux premiers chapitres de la Genèse.
Il est possible de tomber amoureux de ces textes, c’est mon cas. Pendant des décennies j’ai réfléchi autour des enseignements reçus de saint Jean Paul II, ma foi s’en est trouvée transformée et j’en ai fait profiter ceux que j’ai accompagnés spirituellement, certainement jusqu’à les fatiguer !! Quand on aime, on ne compte pas !
Au début de la Genèse une toute petite phrase : Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut. (Gn 1,3), ne mérite pas d’être développée, elle se suffit à elle-même. Mais pourquoi Dieu voudrait-il voir clair, puisqu’il est Lumière ? Curieusement, c’est Einstein qui nous donne la réponse. D’après sa théorie : le temps, la vitesse et la distance, sont des valeurs qui ne peuvent exister les unes sans les autres (L’espace-temps).
Si la lumière est une particule, le photon, qui se déplace très vite (environ 300 000 km/s), cette phrase toute simple nous dit que Dieu est créateur d’un univers de matière de vitesse et d’énergie, c’est le spectacle que nous pouvons admirer les soirs de ciel clair, c’est la complexité et la beauté du monde vivant que nous continuons de découvrir ! Tout le monde sait que nous sommes des créatures, ce n’est pas une nouvelle en soi, mais c’est la façon de l’annoncer qui est unique et d’une simplicité descriptive telle que dans toutes les langues, cette bonne nouvelle dit la même chose sans être déformée, depuis son origine.
C’est très beau, mais cela ne nous dit pas pourquoi Dieu est Créateur. Pour comprendre le sens de la Création il faut faire attention à une autre partie du texte : Un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. (Gn 1, 2), qui nous dit, qu’avant la création de la lumière, l’intention première, c’est l’Amour Divin, l’Esprit, pour nous aujourd’hui l’Esprit Saint, la manifestation active de l’Amour Divin. Ce texte est conforté plus loin lorsque Dieu parle à la deuxième personne du pluriel « Faisons l’homme à notre image » (Gn 1, 26). Tout ce qui précède dans le texte ne se justifie que pour ce but ultime, créer un être pluriel – homme et femme unis par l’amour – à l’image de Lui-même Trinité, pour pouvoir recevoir l’amour et le partager.
Créés pour être aimés et aimer à notre tour. Cet amour est l’image même de Dieu, qui prend un risque énorme par amour, créer des êtres qui sont totalement libres de répondre à cet amour. Nous sommes images de Dieu parce qu’il est par Lui-même libre, libre de créer de risquer son amour exactement comme nous sommes nous-mêmes libres de recevoir – ou non – cet amour et de le partager – ou non -.
C’est vertigineux d’agir par amour, ce n’est pas raisonnable. Pourtant c’est notre vocation, tous les jours, en couple, au travail, en société, de risquer cet amour sans certitude de retour. C’est un abandon de soi-même et c’est gratuit. Notre expérience nous montre que l’humanité n’a pas gardé cette disponibilité à l’Amour Divin, qu’elle s’en est écartée. Malgré cela Dieu n’a rien abandonné de l’amour de l’humanité, au point de vouloir nous rejoindre, aux risques et périls de son Fils, Jésus, qui très librement est venu vivre de notre vie de créature, avec un amour qu’il nous a démontré : sans borne.
En faisant Église, nous marchons dans les pas de Jésus, avec des faux pas, c’est sûr, mais Dieu ne cesse de nous aimer malgré les faux pas faux pas que nous faisons, au point de les dissoudre dans son Amour, pour nous garder dans l’état où il nous a créés, et, pour l’éternité. Nous aussi, pour continuer l’élan Créateur, nous avons à vivre au risque de l’Amour.
